Noè Ponti: «Je ressens une puissante faim de victoire»
Le nageur suisse Noè Ponti (23 ans), triple champion du monde et détenteur de deux records Mondiaux battus à Budapest en décembre dernier se prépare intensément pour les championnats de Singapour en juillet prochain. L’ambassadeur d’Omega revient sur son récent parcours sportif qui l’a profondément transformé.
Noè Ponti, le nageur le plus rapide du monde en brasse papillon sur 50 mètres (21’’32) et 100 mètres (47’’71) en petit bassin (25 mètres) se sent pousser des ailes depuis décembre dernier. Après ses quatrième et cinquième places aux Jeux de Paris – une terrible épreuve selon ses aveux –, le nageur de Tenero au Tessin (la partie italophone de la Suisse) vit alors de longues semaines de doute, loin des bassins. Une pause salutaire pour celui qui revenait de manière éclatante au sommet de sa discipline trois mois plus tard. Il dit désormais ressentir cette faim de victoire qui lui faisait défaut, mais sans se prendre au sérieux. Car celui qui découvrait à 3 ans seulement le plaisir de nager comme un dauphin, apprécie toujours de plaisanter dès qu’il en a l’occasion. Il raconte à Luxury Tribune quelles ont été les raisons de ces profonds changements.
Comment expliquez-vous vos exceptionnelles victoires aux derniers Mondiaux de Budapest en petit bassin?
Les recettes sont toujours les mêmes: beaucoup de travail, de sacrifices, toujours croire en ses capacités, et savoir se relever après une défaite. Ce dernier point est important, et même une de mes forces je crois, car tout n’a pas toujours bien fonctionné, j’ai vécu beaucoup de hauts et des bas. La force mentale est le moteur de tout.
La passion, le travail et la volonté sont des ingrédients que vous connaissez depuis vos 3 ans, lorsque vous découvrez le plaisir de nager. Pourtant ces victoires arrivent aujourd’hui. Avez-vous changé quelque chose de particulier?
Oui bien sûr, la passion je l’ai depuis toujours et les entraînements n’ont jamais cessé depuis, vous avez raison. Je crois que ma quatrième place aux Jeux olympiques de Paris a aidé dans ces victoires aujourd’hui. Cela a provoqué en moi une impulsion supplémentaire, une envie de revanche, une plus grande lucidité, et une puissante faim de victoire. C’est peut-être ce qui a fait défaut à Paris.
Les Jeux de Paris ont certainement été un tournant dans la manière avec laquelle le public et les médias ont considéré la natation. L’émulation fut grande autour des bassins, entre autres grâce aux exploits de votre collègue français Léon Marchand. Qu’en pensez-vous?
Oui, c’est exact. La natation a obtenu beaucoup de visibilité, certainement plus que par le passé, et en grande partie grâce à Léon qui nageait chez lui, en France, puisqu’il était l’un des grands favoris. Cela n’a pas fonctionné pour moi comme nous l’avions espéré, avec une quatrième et cinquième places. Malgré cela, ce fut une expérience fantastique. Avoir pu vivre ces Jeux dans une ambiance de folie grâce à un public très chaleureux est inoubliable. J’ai beaucoup appris.
Qu’avez-vous appris justement?
Que je ne peux contrôler que ce qui me concerne, c’est-à-dire mes capacités, et que tout ce sur quoi je ne peux pas influer, je dois le laisser à l’extérieur de moi. C’est facile à dire, moins à faire. L’expérience joue dans ce cas.
De vos trois victoires à Budapest, qu’avez-vous appris?
J’ai appris que je suis fort! Que je suis capable de gérer la pression, même si celle des Championnats du monde est moindre par rapport aux JO qu’aucune autre compétition n’égale, à tout point de vue! Il est vrai qu’à Budapest, j’arrivais en favori dans la catégorie 50 et 100 mètres papillon, l’échec pouvait être d’autant plus cuisant. De fait, la pression était intense. C’est un point qui me faisait défaut, jusqu’alors. À Paris, je n’ai pas su gérer tous les paramètres, toutes mes énergies, dont certaines ont été gâchées sur autre chose que les courses. Alors qu’à Budapest, j’étais 100% focalisé, et je n’ai pas déçu. Cela est un grand point de départ et j’ai compris que je suis capable de gérer les attentes.
Qu’est-ce qui a été modifié pour y arriver?
Je m’entraîne toujours de la même manière, aussi dur que les autres. Les coaches sont toujours les mêmes. Je crois que le changement se situe dans une certaine maturité mentale. Mon objectif est de rejoindre cette même confiance lorsque je nage dans un bassin long (50 mètres). Je sais que c’est possible. Sous l’eau, je suis l’un de plus fort.
Quelle a été votre émotion d’avoir battu le record de votre idole Caeleb Dressel en 100 mètres papillon? Était-ce votre objectif?
Le 100 mètres papillon de Budapest est la plus belle course, c’est celle qui m’a offert le plus d’émotions. Caeleb a toujours été une de mes idoles, je le regardais à la télévision lorsque j’étais petit. C’est un magicien de la vitesse qui m’inspire. Je l’ai rencontré à Paris. Je lui ai parlé quelques fois, c’est quelqu’un de spécial.
Sur vos 23 médailles, laquelle est la plus émotionnelle et laquelle signe une avancée dans votre carrière?
La plus mémorable n’est pas une médaille d’or. C’est ma médaille de bronze aux JO de Tokyo en 2021, car aucune autre ne surpasse un tel podium (aux Jeux). C’est aussi celle qui m’a lancé, qui m’a fait entrer dans le monde des grands nageurs. C’est un rêve pour tout athlète. Celles qui signent une avancée dans ma carrière sont les victoires au 50 et 100 mètres papillon à Budapest. Les 50 mètres étaient une victoire que je voulais, car j’avais déjà battu trois records du monde sur cette discipline auparavant. Les 100 mètres ont été la preuve que je n’excellais pas uniquement dans une discipline et que même après deux médailles d’or, et la forte pression, j’ai pu arracher une troisième médaille.
Est-ce que ces succès ont changé quelque chose dans votre rapport aux adversaires, aux médias?
Non, je reste toujours le même. Par contre, le regard des autres change envers moi, peut-être que mes adversaires me craignent un peu plus. Je vois aussi que mon attrait auprès des fans évolue, sur le plan national. Mais je ne suis qu’au début, le chemin est encore long avant de devenir un athlète qui compte vraiment.
Vous êtes aussi connu pour votre personnalité, votre joie de vivre, votre envie de faire rire les autres. Est-ce que cette nouvelle maturité mentale, ces victoires vous poussent-elles à plus d’intériorisation?
Je pense que je resterai toujours le même. C’est ma nature de m’amuser et d’être avec les gens, j’aime plaisanter. Je sais qu’en compétition, lorsque je suis plus solaire, que je m’amuse, j’atteins de meilleurs résultats.
Est-ce que ces victoires ont changé également votre rapport aux sponsors?
En Suisse, la natation n’est pas le sport numéro un, mais il rentre dans la lumière, j’ai peu à peu plus de visibilité. Tous mes sponsors me soutiennent depuis longtemps.
Vous êtes un ambassadeur d’Omega, une marque qui soutient de très grands champions. Quelle est votre histoire avec la marque?
Omega représente l’excellence horlogère. J’ai toujours aimé leurs montres, même avant de faire partie de la famille Omega, car c’est le chronométreur officiel des JO et des grandes compétitions. Elle compte beaucoup dans le milieu du sport. Cela fait trois ans maintenant que nous sommes liés. Omega m’a soutenu dans mes moments victorieux, mais aussi dans mes difficultés, et c’est en cela que l’esprit familial d’Omega avec ses ambassadeurs prend tout son sens. Je suis ami avec certains athlètes, dont Thomas Ceccon (nageur italien médaillé d’or aux 100 mètres dos aux Jeux de Paris, ndlr), c’est un réel plaisir de porter l’esprit d’Omega à travers le monde.
Parmi les athlètes d’Omega, il y a Michael Phelps. Quelle image a-t-il pour vous?
Michael Phelps est une grande idole, mon sportif et nageur préféré, depuis que j’ai 6 ans. J’ai eu la chance de le rencontrer à l’Omega Night à Paris, et c’était fou, je garde mon regard d’enfant face à lui.
Vous avez souhaité partir en 2020 aux États-Unis, pour conjuguer entraînements et études, ce que beaucoup de sportifs font. Mais vous êtes rentrés après un mois. Pourquoi?
Oui, je suis parti en 2020, en plein Covid et deux semaines après ma médaille. Je voulais essayer. En arrivant, tout m’a plu, c’était beau, très différent, il y avait beaucoup de fêtes sur le campus. Après quelques semaines, j’ai compris que ce n’est pas ce que je cherchais. Ce dont j’ai besoin est en Suisse, la famille, les amis, les entraîneurs, l’équipe. Changer ce qui fonctionne n’a pas de sens.
Quant aux études?
J’ai essayé plusieurs voies, même une année de physiothérapie. Il est important que je fasse quelque chose. J’ai décidé, à septembre, de commencer un nouveau bachelor en Science in Leasure management à la SUPSI, au Tessin.
La prochaine date importante?
Ce sont les Mondiaux de Singapour en grand bassin, l’unique médaille qui me manque. Je travaille intensément pour y réussir.
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